Pleins feux sur les œuvres singulières du plasticien Mostafa Maftah et du photographe Abderrahmane Doukkane

Les œuvres singulières de l’artiste-peintre Mostafa Maftah et du photographe Abderrahmane Doukkane ont été, jeudi soir, sous les feux des projecteurs, à l’occasion de l’exposition « From Master To Disciple », initiée par la Fondation Al Mada-Villa des arts.

Cette exposition exceptionnelle, qui se poursuit jusqu’au 30 mars prochain, plonge les visiteurs dans l’univers personnel de ces deux artistes aux expressions spontanées, leur permettant ainsi de découvrir le talent avéré de MM. Maftah et Doukkane, à travers une variété, une richesse et un dialogue entre les œuvres de ces deux hommes liés par une relation amicale et instructive.

Ces deux artistes aux styles différents se partagent comme dénominateur commun l’intérêt qu’ils manifestent à la mémoire des lieux, aux anciens jeux d’enfants et au dialogue intergénérationnel auquel ils accordent une attention particulière.

En effet, les photographies de Doukkane et les peintures et tapisseries de Maftah, qui trônent sur les cimaises de la villa des arts, représentent les œuvres de deux artistes qui semblent se tenir et former une amicale et bienveillante compagnie, à l’image des liens anciens qui unissent ces deux hommes aux âges, aux pratiques et aux parcours pourtant différents et différenciés.

« S’accompagner l’un et l’autre, dans leur vie, dans leur art et dans cette exposition aujourd’hui. Et s’ils ont réussi aussi bien à s’accorder sur ce rythme respectueux de ce qui fait autant leur individualité que ce qui leur crée une communauté, c’est aussi parce qu’ils ont pris le temps de s’écouter et d’apprendre mutuellement de leur personnalité, de leur art et de leur univers dans une belle relation de transmission qui transcende les hiérarchies institutionnelles et usuelles du Maître et de l’Élève pour s’inscrire plutôt dans celle, mystique des compagnons », lit-on dans un livre de présentation de cette exposition.

A travers cette exposition, Mostafa Maftah présente un ensemble constitué de peintures dont l’apparence laisse deviner une composition palimpsestique complexe, ainsi que des œuvres textiles que l’on peut apparenter à la pratique plutôt artisane de la tapisserie.

Abderrahmane Doukkane, lui, expose quelques séries cohérentes de photographies qu’il accompagne d’un dispositif d’archives installé au cœur des espaces d’exposition.

« Soit deux manières parmi tant d’autres de faire œuvre, mais qui nous disent toutes les deux ce que l’art doit aux apprentissages et aux expérimentations », souligne-t-on.

Pour Abderrahmane Doukkane, qui a participé à de nombreuses expositions personnelles et collectives et résidences artistiques et remporté certains prix, son apprentissage du médium photographique procède d’une toute autre démarche et peut-être même d’avantage d’une itinérance plutôt que d’une décision ou intention ferme, voire résolue ou réfléchie.

« Son attrait pour l’image plutôt que le textuel est assez précoce également », précise-t-on de même source.

Au gré des quelques offres culturelles dispensées dans ses alentours, Maftah apprend progressivement au cours de différents workshops à manier les outils techniques mais aussi formels qui permettent de créer et de manipuler ces images qu’elles soient fixes ou en mouvement.

Quant à Mostafa Maftah, qui a participé à une multitude d’expositions personnelles et collectives, il est de retour au Maroc après une vie professionnelle très riche qu’il poursuit en Italie après ses études marseillaises et il embrasse une carrière professorale au sein des Beaux-Arts de Casablanca, ce qui semble, d’une part, être l’aboutissement des études qu’il y a entrepris durant les années 1970 et ce qui confirme, par ailleurs, son épistémophilie constitutive.

L’intérêt que porte Maftah à la diversité des techniques et des médiums n’est pas dicté par une volonté de rupture avec la peinture. D’ailleurs, il œuvre à inscrire dans l’immédiateté du réel sa propre temporalité, à tracer l’espace singulier de son histoire et ses rêveries.

« Doukkane a partagé pendant plusieurs années la vie et l’atelier de Maftah et chemine à ses côtés personnellement et professionnellement, avec la conscience progressive de ce qu’il devient puis de ce qu’il est : artiste ! Tout comme son modèle, Maftah, bien que chacun use d’outils et de langages distincts, exclusifs et autonomes », explique-t-on.

Dans une déclaration à cette occasion à la chaîne à M24, la chaîne d’information en continu de la MAP, M. Maftah a fait part de sa grande joie de participer à cette exposition aux côtés de son « élève et ami » Abderrahmane Doukkane.

« C’est un événement très spécial qui permet de réunir dans le même espace l’ancienne génération avec la nouvelle, de briser toute barrière d’âge et de mieux communiquer », a fait remarquer M. Maftah, notant que sa relation avec son « élève et ami” Abderrahmane Doukkane concrétise avec éloquence cette idée et explique le choix pertinent du titre de l’exposition « From Master to Disciple ».

De son côté, M. Doukkane s’est réjoui de prendre part à cet événement artistique de haute facture à la Villa des Arts, qui met en évidence « ce dénominateur commun que nous partageons et exprimons différemment moi et M. Maftah: lui à travers ses toiles et moi par le biais des photos ».

Il a, dans ce sens, rappelé que la campagne de Bouskoura les réunit encore aujourd’hui dans le voisinage autant personnel que professionnel de leurs deux ateliers où ils continuent de créer de nouvelles œuvres.