Journée internationale de la liberté de la presse: l’occasion de souligner l’importance d’un journalisme libre et indépendant

Par : Maha RACHID

Le Maroc, à l’instar des autres pays du monde, célèbre le 03 mai de chaque année, la journée internationale de la liberté de la presse, une occasion de souligner les avancées notables réalisées dans ce domaine mais aussi de défendre l’importance d’un journalisme libre, indépendant, fiable et responsable.

En effet, l’Assemblée générale de l’ONU a proclamé le 3 mai Journée mondiale de la liberté de la presse, avec pour but ultime de célébrer les principes fondamentaux de la liberté de la presse, d’évaluer cette liberté à travers le monde, de défendre l’indépendance des médias, de rendre hommage aux journalistes ayant perdu la vie dans l’exercice de leur profession et d’informer les citoyens sur l’état des lieux de la liberté de la presse et des journalistes dans le monde.

Elle se veut aussi l’occasion de rappeler aux gouvernements leur obligation de respecter et faire respecter le droit de liberté d’expression, consacré par l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Ainsi, du 2 au 5 mai 2022, l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) et la République d’Uruguay accueilleront la conférence mondiale annuelle de la Journée mondiale de la liberté de la presse dans un format hybride à Punta Del Este, sous le thème « le journalisme sous l’emprise du numérique ». Il sera question de l’impact de l’ère numérique sur la liberté d’expression, la sécurité des journalistes, l’accès à l’information et la vie privée.

Dans son message à l’occasion de cette journée, la directrice générale de l’UNESCO, Audrey Azoulay, a affirmé que les journalistes jouent un rôle fondamental en fournissant des informations.

« Ils les analysent, les vérifient et les diffusent, permettant ainsi aux individus de prendre des décisions éclairées », a-t-elle souligné, précisant que le journalisme constitue un bien commun « que nous devons défendre et soutenir en tant que tel ».

Aussi, les technologies numériques révolutionnent encore plus le paysage journalistique, en ayant permis des échanges d’information sans précédent, favorisant ainsi un journalisme sans frontières, a fait savoir Mme Azoulay, relevant qu’il incombe à tous d’en faire plus pour gérer les risques et saisir les possibilités qu’offre l’ère du numérique.

« En cette Journée mondiale de la liberté de la presse, j’invite les États membres, les entreprises technologiques et la communauté des médias, ainsi que le reste de la société civile, à unir leurs forces pour établir une nouvelle configuration numérique qui protégerait à la fois le journalisme et les journalistes », a-t-elle poursuivi.

Sur le plan national, l’article 28 de la Constitution stipule que « La liberté de la presse est garantie et ne peut être limitée par aucune forme de censure préalable. Tous ont le droit d’exprimer et de diffuser librement et dans les seules limites expressément prévues par la loi, les informations, les idées et les opinions. Les pouvoirs publics favorisent l’organisation du secteur de la presse de manière indépendante et sur des bases démocratiques, ainsi que la détermination des règles juridiques et déontologiques le concernant. La loi fixe les règles d’organisation et de contrôle des moyens publics de communication. Elle garantit l’accès à ces moyens en respectant le pluralisme linguistique, culturel et politique de la société marocaine. Conformément aux dispositions de l’article 165 de la présente Constitution, la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle veille au respect de ce pluralisme ».

Approché par la MAP, le responsable du Master communication politique et sociale à l’Institut Supérieur de l’Information et de la Communication (ISIC), M. Mohamed Abdelouahab Allali, a mis en relief les avancées remarquables du Maroc en matière de promotion d’une presse libre, objective et professionnelle, indiquant que des efforts sont tout de même à développer pour relever le défi de son ascension démocratique.

Il a, en outre, indiqué que la célébration de cette journée internationale de la liberté de la presse est marquée par une conjoncture post-Covid-19, caractérisée par la propagation inquiétante des fake-news et la concurrence accrue entre le journalisme professionnel et les médias sociaux, tout en abordant le contexte de la guerre ukrainienne qui a grandement entravé l’action journalistique mondiale.

En effet, dans ce contexte de guerre, les métiers des médias se sont vus endosser un rôle de « propagande classique » aux fins pragmatiques, négligeant leur rôle originel : la couverture médiatique professionnelle et objectives, a-t-il estimé.

Abordant la submersion massive des influenceurs et activistes présents de plus en plus sur les réseaux sociaux, M. Allali a plaidé pour la mise en place d' »une éducation médiatique » au sein des établissements scolaires et universitaires, en vue de sensibiliser à l’importance de la vérification de la fiabilité de la source d’information et à la différence entre le journaliste professionnel et amateur, insistant sur l’impératif du renforcement du statut de journaliste dans la société.

Pour sa part, le consultant en journalisme et communication et formateur à l’ISIC, Pierre Detavernier, a souligné que l’avancée la plus « visible » fut l’intégration dans la Constitution marocaine des articles concernant le droit à l’information et à la liberté de la presse.

S’agissant des nouvelles technologies de l’information et de la communication, M. Detavernier a relevé que le bilan demeure « mitigé », expliquant que le développement de la presse électronique a offert, certes, l’occasion à plusieurs lauréats d’instituts de journalisme de travailler, mais elle a aussi ouvert la voie à des « prétendus journalistes » qui continuent de se multiplier et de sévir, en déni de tous les principes de la presse professionnelle. « Le meilleur côtoie le pire ! », a-t-il déploré.

Abordant l’explosion des fake-news, notamment en période de pandémie de coronavirus, il a expliqué qu’il s’agit d’ »un phénomène sociologique immuable depuis l’origine des temps », ajoutant que les progrès technologiques « ne font qu’en accroître la vitesse et l’intensité ».